Une wonder cycliste

Pour notre troisième article de la série « le vélo comme on l’aime », l’équipe du CADR 67 est allée mener l’enquête dans le quartier de la Krutenau à la rencontre de la pétillante Mélanie. Instit’ tout sourire, elle a accepté de nous faire partager un bout de son histoire et quelques astuces (pas banales) pour éviter de se faire voler son vélo. Nous en avons maintenant la preuve : les super héros aussi font du vélo ! Entretien avec une wonder cycliste.

Souvenirs de vélo en famille

Mélanie ne se rappelle pas comment elle a appris à faire du vélo : « Je pense que ça devait être avec mes parents… Il faudrait que je leur demande. Honnêtement, je n’en ai aucune idée ! » Elle enchaîne : « Mais je pense qu’on a fait du vélo assez rapidement car je me souviens de balades à vélo, alors que j’étais assez petite, avec mes parents et mon petit frère. Je me rappelle d’ailleurs très bien comment il a appris à faire du vélo. Nous habitions à la cité nucléaire de Cronenbourg dans une grande barre d’immeuble. A l’arrière, il y avait un terrain de football bordé par une petite route qui n’était accessible qu’aux piétons. C’est là que mon petit frère a appris ! Je me souviens que je pédalais à côté de lui pour l’encourager. »

Dans la famille, c’est la mère de Mélanie qui faisait beaucoup de vélo : « Ma mère avait pris une disponibilité quand nous étions petits et elle a repris le travail lorsque j’avais huit ou neuf ans. Elle avait le permis de conduire, mais nous n’avions qu’une seule voiture et mon père l’utilisait pour se rendre au travail. Du coup, ma mère se rendait au travail à vélo ! Mon petit frère et moi l’accompagnions souvent pour aller faire les courses ou ce genre de choses.  A l’époque, il n’y avait pas de vélo cargo et les fauteuils enfants à l’arrière des vélos étaient sacrément dangereux. Donc dès que tu savais pédaler, tu pédalais avec ! »

Par la suite, la famille quitte Cronenbourg pour aller s’installer à la campagne. Mélanie faisait alors du vélo pour rejoindre son collège qui se trouvait dans le village d’à côté. Une fois au lycée puis à la fac, elle ne fait plus beaucoup de vélo et se déplace principalement en voiture : « Comme j’ai eu mon permis assez rapidement et que nous allions tous les quatre à Strasbourg, on faisait du covoiturage avec mes parents. Soit ils m’emmenaient en voiture, soit je conduisais mon petit frère. »

Une instit’ à vélo

A l’issue de ses études, Mélanie est devenue institutrice et elle s’est installée à Strasbourg. Comme elle n’avait pas de voiture, l’option vélo s’est imposée d’elle-même : « Quand j’ai su que j’allais travailler à Strasbourg, on a tout de suite fait une bourse aux vélos. C’est là que mes parents m’ont offert ma première monture. Il y a toujours eu des vélos à la maison, mais c’étaient des VTT pour se déplacer à la campagne, dans les champs. Il m’en fallait donc un qui soit léger et pas trop visible pour ne pas tenter les voleurs. Je me souviens que c’était un vélo à rétropédalage. Je me suis d’ailleurs payé un beau gadin avec ! J’avais oublié que, lorsque je pédalais en arrière, ça freinait… »

Quand elle a commencé à enseigner, Mélanie a été remplaçante pendant toute sa deuxième année. Comme elle l’explique, le vélo était alors le moyen de déplacement le plus pratique : « J’habitais au centre-ville de Strasbourg, dans le quartier de la Krutenau, et je faisais des remplacements dans les écoles alentours. J’étais rattachée à l’école de Reuss et on m’appelait le matin pour me dire que je devais aller remplacer un professeur absent dans tel ou tel endroit. L’école la plus éloignée où je pouvais être appelée était située au Stockfeld, au fin fond du Neuhof. Je faisais tous mes déplacements à vélo et cela me permettait de rejoindre les écoles très rapidement. »

Par la suite, lorsque Mélanie a occupé des postes fixes, elle a continué à se déplacer à vélo : « J’ai toujours demandé à enseigner dans des écoles qui étaient facilement accessibles de chez moi en vélo. Je ne voulais pas dépasser un temps de trajet supérieur à 45 min. Là, ça commence à faire trop long ! Surtout que lorsque l’on est institutrice, on doit souvent transporter du matériel. Vous me verriez parfois, c’est épique ! J’ai un énorme sac sur le porte-bagage à l’arrière, deux sacs en plus sur le guidon… »

L’évocation du porte-bagage rappelle une anecdote à Mélanie : « J’ai un magnifique tendeur vert qui me permet de fixer mon sac sur le porte-bagage. Mon vélo est donc facilement repérable et les copains le connaissent. Un jour, j’avais attaché mon vélo en centre-ville et, lorsque je suis venue le chercher, je me suis rendue compte que quelqu’un avait attaché son vélo au mien ! J’ai commencé à me lamenter : “Oh non, mon vélo ! Comment vais-je faire pour le récupérer ?” En fait, c’était un copain qui avait fait le coup et qui était plié de rire à quelques mètres de là… Suite à cette histoire, je fais maintenant très attention de ne pas accrocher mon vélo au cadre ou à la roue d’un autre vélo par mégarde ! »

Finalement, Mélanie a été conquise par le vélo et elle évite désormais de prendre la voiture : « J’ai eu une voiture très tard et je dois avouer que je ne prends pas plaisir à conduire. Strasbourg est une ville tellement pratique pour le vélo qu’il est hors de question pour moi d’utiliser la voiture à Strasbourg ! C’est une perte de temps et d’énergie. »

Cadenasser son vélo avec classe et zèle

Le rêve de Mélanie ? Se payer un beau vélo ! Mais avec toutes les histoires de vol de vélos à Strasbourg, les choses ne sont pas si simples… Mélanie nous explique : « Je n’ose pas investir dans un beau vélo car j’ai trop peur de me le faire voler. Pour mon anniversaire, je m’étais réservé un superbe vélo chez Rustine et Burette, mais une collègue s’est fait voler son vélo juste à ce moment-là, alors qu’elle avait un gros cadenas et que son vélo était garé dans un espace sous vidéo-surveillance. Ça m’a bien refroidie ! »

Jusqu’à présent, Mélanie a toujours eu de la chance : « Je ne me suis jamais fait voler mon vélo, mais il faut dire que j’ai deux cadenas et que je suis vigilante. Si je suis dans un quartier que je connais bien, je ne mets que mon gros cadenas. Mais dès que je suis dans un endroit où il y a beaucoup de vélos – typiquement les alentours de la gare ou de la Place Kléber, là où les vélos peuvent disparaître rapidement et où les gens ne font pas attention – je mets mon deuxième cadenas en U sur la roue arrière. » Et si le vélo de Mélanie ne paie pas de mine, il n’en est rien : « Dans les faits, c’est un super vélo ! Je dirais même que c’est un vélo de cœur puisque c’est celui que j’ai récupéré de mon papy. Ça me ferait bien mal qu’on me le vole ! En plus, il a une sonnette qui fait exactement le même ding-dong que celui du bus. »

Mélanie poursuit : « Dans notre ancienne maison à la Krutenau, nous avions un porche avec une vieille porte en bois. Il suffisait de donner un grand coup d’épaule pour ouvrir la porte et entrer dans la cour. Comme les vélos étaient simplement posés contre les murs, les voleurs pouvaient facilement les emporter. Les voisins se sont d’ailleurs fait voler leurs vélos comme cela. » Mais, comme l’explique Mélanie, son compagnon et elle ont mis au point une technique infaillible pour dissuader les voleurs : « Mon vieux vélo – que j’avais récupéré de ma mère – s’est avéré bien utile. C’était un vélo Peugeot orange trop classe, mais qui avait fait son temps : les pneus à plat, tous crevés, le dérailleur fichu ! Eh bien il nous a servi d’arceau pour accrocher nos deux vélos ! Trois vélos attachés ensemble, c’est impossible à transporter. Technique imparable contre le vol ! »

Avec un sourire, Mélanie nous glisse une petite anecdote : « Une fois, mon compagnon et moi faisions du vélo entre Schiltigheim et la place de Haguenau et nous avons assisté à un accident sur l’autoroute. Une voiture qui a fait de l’aquaplaning juste sous nos yeux ! Ni une, ni deux, je saute de mon vélo, je le jette sur le côté, je monte la côte pour arriver sur l’autoroute et voir si le conducteur en question va bien. Je me retourne juste pour voir si mon compagnon me suit et là… il était en train de cadenasser nos vélos ! Parce qu’on ne sait jamais… Et moi, j’étais en train de crier : “Mais bon sang ! Appelle les secours !!!” »

La nécessité d’une vraie politique en faveur du vélo

Mélanie est une grande amoureuse de Strasbourg et de son centre-ville piéton. Comme elle l’explique : « A chaque fois que je me rends dans une ville en France ou en Europe et que je vois une ville magnifique où les voitures passent juste devant une cathédrale ou un monument, je me dis que c’est aberrant. Il est vrai que nous avons beaucoup de chance à Strasbourg par rapport à cela ! » Néanmoins, Mélanie regrette que cette politique reste centrée dans l’hypercentre, à l’intérieur de la ceinture de l’Ill : « Finalement, tout ce qui est autour de cette ceinture en pâtit ! C’est typiquement l’exemple des quais. J’ai vécu dix-huit ans à proximité du quai des Bateliers. On est enfin en travaux pour que cela devienne un quai à sens unique.  J’ai participé aux réunions de projet, j’ai donné mon avis mais je trouve qu’ils ne sont pas allés loin. J’aurais souhaité une vraie piétonisation des quais, qu’ils deviennent des lieux de rencontre. J’aurais souhaité qu’ils mettent en place un système de bateaux-bus : les voies navigables de l’Ill font partie intégrante de la magie de notre ville et nous devrions les utiliser beaucoup plus. »

Sujette aux allergies, Mélanie explique être très sensible à la pollution : « Je consulte régulièrement les sites qui indiquent les indices de qualité de l’air et je vois bien les jours où l’on est dans le rouge… Il faudrait que l’on développe une vraie politique pour désengorger la ville et limiter la pollution atmosphérique. Pour moi, le prix des transports en commun n’est pas assez attractif. On est quand même à 1€70 le ticket, 2€ dans le bus : c’est cher pour une ville comme Strasbourg. Je sais qu’il existe des tarifs réduits pour les jeunes ou les personnes en situation précaire, mais beaucoup de gens qui sont pourtant en difficultés ne rentrent pas dans les critères. Il est vrai que les parking-relais à l’extérieur de Strasbourg sont une bonne initiative, mais il faudrait qu’ils soient plus attractifs. Avec le prix actuel des transports en commun, ils ne le sont pas assez. »     

Cela fait vingt ans que Mélanie pratique le vélo à Strasbourg. Elle a pu constater les progrès réalisés sur l’Eurométropole, avec notamment la multiplication des pistes cyclables. Selon elle, Strasbourg est d’ailleurs devenue assez rapidement une ville agréable pour les vélos. Mais force est de constater que la capitale française de la petite reine est victime de son succès. Pour reprendre les mots de Mélanie : « A l’heure actuelle, je trouve que nous sommes en manque de pistes cyclables et d’infrastructures adaptées. Nous sommes de plus en plus nombreux – et tant mieux ! – mais la circulation devient compliquée. Personnellement, j’aime aller au travail tôt, ce qui fait que je pars de chez moi vers 7h15 du matin : à ce moment-là, c’est plutôt tranquille. Mais si je pars à 7h45, c’est l’enfer ! A ce moment-là, la circulation en centre-ville part dans tous les sens, les gens ne font pas attention… Je sais que j’évite certaines artères à vélo qui sont envahies par les vélos, à tel point qu’elles en deviennent dangereuses ! Je pense vraiment que l’on sature à certains endroits, c’est également le cas au niveau du stationnement. Quand tu es obligé de tourner pour trouver une place où garer ton vélo en centre-ville, ce n’est pas agréable ! »

Mélanie insiste sur l’incivilité de certains cyclistes : « Beaucoup ne respectent ni les piétons, ni les voitures ! Il y a une chose qui m’agace au plus haut point, ce sont les vélos qui circulent à contre-sens sur les pistes à sens unique. Je trouve ça très dangereux : il suffit qu’il y ait un piéton, une poussette, une voiture qui ne regarde que d’un seul côté… Un autre problème, c’est que les cyclistes ont tendance à griller les feux : les gens pensent qu’il sont à vélo pour aller vite. Ce sont des comportements dangereux et il est essentiel d’éduquer par rapport à cela ! »

Pour Mélanie, la ville de Strasbourg va devoir réfléchir à une vraie politique en faveur du vélo : « Je pense qu’il faudrait commencer par revoir l’organisation des pistes cyclables. C’est vrai que la ville a déjà fait des essais. A la Krutenau par exemple, ils avaient mis en place des zones de partage où les vélos et les piétons sont prioritaires par rapport aux voitures. Le problème, c’est qu’il n’y a qu’un endroit comme cela dans Strasbourg et que personne ne connaît, donc ça ne marche pas… Après, il faudrait développer les transports en commun pour qu’il y ait moins de voitures et donc plus de place pour les vélos. »

Point de vue sanction, Mélanie trouve que les choses bougent : « Je me fais régulièrement contrôler pour vérifier les lumières sur mon vélo et je trouve que c’est une excellente chose. Je sais que l’on peut aussi se faire verbaliser si l’on porte des oreillettes lorsque l’on circule à vélo. A une époque, j’aimais bien écouter de la musique à vélo mais je ne le fais plus: c’est bien trop dangereux. » Pour elle, il est essentiel d’intervenir au niveau des écoles : « Les permis-vélos sont une excellente chose ! C’est d’ailleurs une volonté du gouvernement que tous les écolier aient le permis vélo. Il nous faut une véritable éducation au code de la route et à la pratique du vélo : cela démarre dans les écoles. En éduquant les enfants, on va éduquer les parents ! »

Même si Mélanie avoue râler tous les matins quand elle monte sur son vélo, surtout lorsqu’il pleut, elle trouve qu’il est très agréable de faire du vélo à Strasbourg : « A vélo, je m’émerveille de la nature. Même si l’on est en ville, la nature est tout autour de nous et cela, on ne peut s’en rendre compte qu’en étant à vélo. Il y a une forme de liberté : les oiseaux qui chantent autour de toi, le ciel bleu, la pluie aussi parfois… » Et en vraie wonder cyliste, Mélanie est bien sûr équipée contre le mauvais temps : « Donc oui, j’ai une cape de vélo… Mais, comment dire… J’ai voulu faire la belle et investir dans une cape faite par un grand couturier. La Redoute, Christian Lacroix, une cape de vélo : la classe quoi ! Mais en fait, je pense que Christian Lacroix n’a jamais fait de vélo. Elle est belle cette cape, mais elle n’est pas du tout pratique : la capuche me tombe sur les yeux, je suis obligée de tirer à fond sur les cordons… Vous connaissez le sketch du K-Way de Dany Boon ? Eh bien, c’est la même chose ! »

– – – C’est un oiseau ? C’est un avion ? Mais non, c’est une wonder cycliste !

Merci encore à Mélanie d’avoir répondu à nos questions !

Une réflexion sur “ Une wonder cycliste ”

  • 23 avril 2018 à 15 h 56 min
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    bravo! j’adore vos portraits

    Réponse

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