Sur les bancs de la vélo-école

Sur les bancs de la vélo-école

Promouvoir la mobilité cyclable, c’est bien beau, mais encore faut-il s’assurer qu’un maximum de personnes soit en mesure de faire du vélo, en toute sérénité. C’est pourquoi le CADR 67 propose chaque année des sessions de vélo-école. L’inscription pour les cours d’automne approchant, nous avons eu envie de vous donner un petit aperçu de la dernière session, organisée au printemps 2018. Alors une vélo-école, ça ressemble à quoi ?

Allons faire connaissance avec les cyclistes en herbe du quartier de la Meinau, qui ont sillonnés les pistes aménagées du parcours d’éducation à la sécurité routière, ainsi que ceux du quartier du Port-du-Rhin, au cœur du parc des Deux-Rives. Difficile de les louper, avec leurs gilets jaunes réfléchissants et leurs vélos à petites roues. Les élèves sont toutes des femmes, de tout âge et de toutes origines. Il y a quelques mois encore, celles-ci ne savaient pas faire de vélo, mais à la fin de la session, toutes pédalent fièrement sur leur petite monture.

C’est grâce à la bienveillance et aux conseils prodigués par Agathe et Vincent, les deux moniteurs, que les élèves ont peu à peu pris confiance en eux. L’apprentissage se fait sur des vélos spéciaux, fournis par le CADR 67, avec un cadre relativement bas – pour assurer un meilleur équilibre – et des pédales pliables. Les élèves débutent ainsi sans pédales, comme sur une draisienne, puis avec une seule, puis deux… et le tour est joué ! Les élèves s’exercent d’abord en circuit fermé, avant qu’un moniteur ne les emmène peu à peu faire des tours « pour de vrai » dans la ville. Comme l’explique Vincent, l’idéal serait de pouvoir disposer d’une vélo-école fixe : « Cela nous éviterait de devoir transporter les vélos à travers toute la ville ! Nous pourrions ainsi faire plus d’heures de cours, mais aussi nous poser dans une salle pour aborder plus en détails des questions relatives au code de la route et à la sécurité routière. »

Parmi les élèves de la vélo-école, on trouve de vrais débutants, qui n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre.

C’est le cas de Salima, qui a grandi en Algérie et vit en France depuis plusieurs années maintenant. Son mari, qui fait régulièrement du vélo avec leurs deux garçons, lui a pourtant acheté une bicyclette, mais Salima n’osait pas l’utiliser. C’est finalement la lassitude de devoir prendre la voiture tous les jours qui l’a poussée à passer le cap. C’est d’ailleurs une autre maman qui lui a suggéré de s’inscrire à la vélo-école. Salima est bien heureuse d’avoir suivi son conseil : « Maintenant, je vais pouvoir utiliser le vélo pour me déplacer en ville et partir en balade avec mon mari et les garçons ! »

Naziye va elle aussi pouvoir profiter des avantages du vélo. La jeune femme a le permis de conduire et utilise la voiture de son mari pour se déplacer les week-ends, mais en semaine, c’est plus compliqué. Elle a une petite fille de cinq ans qu’elle amène à l’école, ce qui n’est pas toujours pratique en transports en commun. Naziye a donc décidé de l’emmener en vélo. En plus, comme elle le dit : « Le vélo, ça permet de faire du sport en même temps ! »

La vélo-école peut aussi être l’occasion d’apprendre à faire du vélo entre amis ou en famille. Se motiver à plusieurs, c’est toujours mieux !   

Hélène et Marcelline sont venues ensemble. C’est Hélène qui a pris les devants. Il faut dire que tous ses amis savent faire du vélo, sauf elle, et que son petit ami fait 40 km de vélo par semaine ! Il lui a toujours promis qu’il lui apprendrait à faire du vélo… mais ce n’était pas évident. Lorsque Hélène a repéré une affiche des cours de la vélo-école à la boulangerie, elle a donc sauté le pas et entraîné son amie Marcelline : « Toi non plus tu ne sais pas faire de vélo ? Eh bien, viens avec moi ! »

Simone, quant à elle, est venue accompagner sa maman Sagada, originaire d’Inde. Cette dernière a eu envie d’apprendre pour ne plus devoir rester à l’écart des sorties de famille à vélo pendant les vacances. Pendant que sa maman enchaîne les tours de piste, Simone raconte qu’apprendre à faire du vélo est une chose osée pour beaucoup de femmes indiennes : « Cela reste inconcevable pour beaucoup d’entre elles car cela rompt avec les traditions. Les femmes qui osent passer le cap recherchent une sensation de liberté. Le vélo est un moyen de s’intégrer, d’être moderne. C’est très motivant pour ces femmes de voir d’autres femmes qui amènent leurs enfants à l’école à vélo. »

Et parmi nos élèves, il y a bien sûr ceux qui ont appris, mais qui manquent tout simplement de pratique. Il suffit parfois d’un petit coup de pouce…

Yousra a appris à faire du vélo lorsqu’elle était petite en Tunisie, mais n’a jamais vraiment eu l’occasion de pratiquer. « Je ne savais conduire qu’en ligne droite ! » Venue étudier en France, la jeune femme remonte sur un vélo, il y a trois ans, dans un parc à Paris, où ses petits cousins la défient de se mettre en selle. C’est finalement en Alsace que Yousra décidé de passer le cap, une amie lui ayant conseillé de s’inscrire aux sessions organisées par le CADR 67. Au début, Yousra avoue que c’était un peu difficile, mais elle se débrouille désormais comme une cheffe. Elle compte bien s’acheter un vélo pour aller en ville toute seule, faire des balades pour respirer ou encore aller faire des courses.

Danielle vient tout juste de prendre sa retraite : « Cela fait 42 ans que je n’avais pas mis les fesses sur un vélo ! » Elle raconte avoir fait beaucoup de vélo dans sa jeunesse, avant les années lycée et la mobylette, puis les études, le permis et la voiture ! Cela fait deux ans que l’idée de se remettre en selle lui trotte dans la tête, mais elle avait besoin de reprendre confiance. Avec la vélo-école, « c’est revenu très vite ! Danièle compte utiliser le vélo pour les petits déplacements du quotidien, notamment aller rendre visite à sa mère qui est en maison de retraite, pas très loin de là où elle habite.

Marina, quant à elle, est née en Arménie et cela fait quinze ans qu’elle habite en France. Elle a appris à faire du vélo dans son pays d’origine alors qu’elle avait six ou sept ans, mais elle a tout oublié. Quoique… Lorsqu’elle a commencé les cours, elle a su se débrouiller au bout de quinze minutes à peine ! Sa fille a appris à faire du vélo avec le CADR 67 et c’est elle qui lui a conseillé de venir prendre des cours. Marina en est ravie : « Je trouve que le prix des cours est très raisonnable. C’est une chance de pouvoir apprendre avec des professionnels compétents. Je trouve qu’ils font un super travail. Tu le mettras dans l’article, n’est-ce pas ? Merci à l’équipe !! »

– – –  Et merci aux élèves d’avoir répondu à nos questions !

Retrouvez toutes les infos sur la vélo-école en suivant ce lien : https://cadr67.fr/la-velo-ecole/

Aby, oh Aby !

Aby, oh Aby !

Monsieur et Madame Cyclette ont une fille. Comment s’appelle-t-elle ? Aby Cyclette ! Voici le joli pseudonyme d’une jeune illustratrice strasbourgeoise, qui a tout plaqué pour partir vivre un an au Québec, avant d’enchaîner avec un séjour de 10 mois en Nouvelle-Zélande – des aventures qu’elle croque avec malice sur son blog et qui ont été publiées sous forme de recueils. Il n’en fallait pas plus pour susciter notre curiosité et nous donner envie de faire la connaissance de cette cycliste mordue de voyages. Cela tombe bien : Aby est de retour à Strasbourg et a accepté de se prêter au jeu de l’interview, entre deux séances de dédicace de sa bande dessinée Welcome to Kiwiland – Récit d’un aller et retour en Nouvelle-Zélande ! Une rencontre qui nous a donné envie de manger des poutines, de revoir le Seigneur des Anneaux et d’écouter du Bashung. Aby, oh Aby ! Tu devrais pas m’laisser la nuit. J’peux pas dormir, j’fais qu’des conneries. Oh Aby !

Hit the road, Aby Cyclette !

Dessiner a toujours été le passe-temps favori d’Aby, avec quelques prédispositions côté paternel : « Mon père voulait devenir illustrateur – il a d’ailleurs fait quelques planches dans le magazine Métal Urbain – et m’a toujours encouragée dans cette voie ! J’ai fait un bac arts appliqués au lycée Marc Bloch de Bischheim et ça m’a beaucoup plu. J’ai enchaîné avec un BTS en communication visuelle avant d’intégrer les beaux-arts de Metz avec une spécialisation en illustration narrative – ou pour faire simple : bande dessinée ! » Une fois son diplôme en poche, Aby rentre à Strasbourg où elle travaille dans une boîte de communication pendant trois ans. Seul hic, la jeune femme n’est pas heureuse : «  Même si j’aimais ce que je faisais, je n’aimais pas l’ambiance au travail. Je détestais rester assise devant un ordinateur toute la journée, ça me rendait folle ! Est-ce que je vais faire ça jusqu’à ma retraite ? Et là, je me suis dit : non ! J’ai tout quitté, revendu mes meubles, demandé un VISA canadien – que j’ai eu la chance d’obtenir – et je suis partie vivre un an là-bas. »

C’est ainsi qu’Aby atterrit au Nord du Québec, dans la ville de Rimouski. Une expérience grisante et libératrice, à la découverte de la culture québécoise et du travail dans la restauration, qu’Aby retrace sur son blog abycyclette.eklablog.com. Un post en entraînant un autre, les statistiques s’affolent et le site attire toujours plus de lecteurs. Le travail d’Aby est récompensé par la ville de Rimouski, qui lui remet le prix de l’artiste de la révélation pour la féliciter de cette belle initiative. L’idée de compiler le projet sous forme de livre fait peu à peu son chemin : « De retour en France, j’ai collecté mes illustrations, je les ai faites relier et je les ai proposées à des maisons d’édition… Et je n’ai eu que des retours négatifs, voire pas de retours du tout ! Une lectrice de mon blog m’a alors suggéré d’essayer le financement participatif. Cela a a été une épreuve administrative, mais certainement l’une des meilleures expériences de ma vie, avec l’année au Québec. Tout gérer de A à Z, créer la microentreprise, contacter les imprimeurs, gérer le financement : c’était tip top ! » Et ça a marché ! Le récit des aventures d’Aby est finalement publié sous le titre T’es tu correct ? – Histoire d’un voyage et petit guide pratique pour le Québec (tous les exemplaires ont été écoulés pour l’instant, mais une prochaine réédition n’est pas improbable !).

De retour en Alsace, Aby n’a qu’une envie : retourner s’installer au Québec ! Mais l’obtention d’un VISA permanent s’avère être un parcours du combattant : « Au bout d’un an, je me suis rendue compte que les démarches prendraient beaucoup plus de temps que prévu. Comme je ne voulais pas retourner travailler devant un ordinateur, j’ai regardé les autres VISA possibles et je suis tombée sur la Nouvelle-Zélande !  J’ai tenté le coup et, au bout de deux jours, c’était dans la poche ! » C’est ainsi qu’Aby est partie vivre dix mois de l’autre côté du globe, en Nouvelle-Zélande, avec l’idée d’en faire un nouveau livre : « J’’étais partie pour refaire un financement participatif, lorsque j’ai reçu un mail des éditions Michel-Lafon. Ils avaient vu mon premier livre, avaient beaucoup aimé et étaient partants pour éditer le deuxième ! J’ai cru que c’était une blague, mais en fait pas du tout ! » Et voilà, une affaire qui roule ! Le récit du voyage d’Aby est disponible dans un recueil tout beau, tout bleu : Welcome to Kiwiland – Récit d’un aller et retour en Nouvelle-Zélande.

Pour en savoir plus, allez donc jeter un œil aux différents liens que nous avons glissés dans ce paragraphe et ainsi qu’au nouveau blog d’Aby : abycyclette.com. Mais pour l’heure, il nous tarde de répondre à une question essentielle…

Pourquoi Aby Cyclette ?

« En fait, je m’appelle Charlotte, comme le gâteau ! Quand je me suis lancée dans l’illustration, j’ai décidé de prendre un pseudonyme : d’une part, parce que ça fait super-héros vachement cool et puis d’autre part, parce que je ne voulais pas que les gens puissent me confondre avec ma grand-mère, qui porte le même nom que moi, au cas où je publierais certains dessins compromettants. A l’époque, c’était au lycée et je faisais déjà beaucoup de vélo. J’aimais bien Abigaël dans la série NCIS, la médecin légiste gothique… Je me suis dit Aby… Aby Cyclette ! Ça m’a fait marrer. »

Un pseudonyme d’autant plus cohérent qu’Aby a toujours été cycliste, depuis toute petite : « J’ai appris à pédaler comme tous les enfants. A l’époque, on vivait avec mes parents à Souffelweyersheim. Le village venait de se construire, c’était encore tranquille, avec beaucoup de jeunes familles, très peu de voitures et beaucoup de cyclistes. Je suis allée à vélo à l’école primaire, au collège puis au lycée. Le lycée Marc Bloch dispose d’un grand garage à vélo sécurisé, près de la cantine : c’était classe ! Quand il faisait très moche, j’y allais en bus et en tram ; et puis sinon je m’y rendais à vélo en traversant le canal et en suivant les pistes cyclables. »

Coïncidence ou pas, Aby arrête le vélo pendant la période où elle travaille en agence de pub, un quotidien qui ne lui convient pas et  qu’elle finira par envoyer valser : « C’était une période de consommation : j’ai un salaire, une vie stable, je vais dépenser l’argent, compenser en consommant. Je me suis offert une vespa dont j’étais trop fière, mais du coup, j’ai pris du poids parce que je faisais moins d’exercice… » Le vélo : gage de bonne santé physique, mais aussi de bonne humeur ! Aby l’a bien compris et c’est ainsi qu’elle a mis un point d’honneur à utiliser le vélo, même à l’autre bout du monde : « Dès que j’arrive dans un pays, la première chose que je fais après avoir trouvé un logement et ouvert un compte bancaire, c’est trouver un bon petit vélo ! » Nous n’en attendions pas moins de notre cycliste globe-trotteuse ! Alors le vélo au Québec et en Nouvelle-Zélande, c’est comment ?

Vélo chasse-neige et balades le long du Saint-Laurent

Une fois installée au Québec, Aby a rapidement dégoté une monture d’occasion sur internet : « J’ai trouvé mon vélo via le Bon Coin québécois, Kijiji. Seulement, j’avais oublié que les Québecois utilisent le système impérial et non le système métrique ! Du coup, je n’ai pas fait attention au diamètre des roues et je me suis retrouvée avec un vélo taille adolescent… » Réflexe strasbourgeois oblige, Aby s’est empressée d’aller acheter un cadenas dans une boutique, ce qui n’a pas manqué de surprendre les vendeurs : « Ils m’ont demandé : “Mais pourquoi veux-tu cadenasser ton vélo ? Personne ne veut te le voler ! C’est le Québec, ici !” Et ils avaient raison : personne n’attache son vélo à Rimouski ! Bon après, c’est vrai que c’est une petite ville, ce n’est pas Montréal non plus ! »

Le vélo est ainsi redevenu le moyen de déplacement principal d’Aby : « Les premiers temps, le vélo a été bien pratique quand je cherchais un emploi. Ensuite, j’ai trouvé un boulot dans un fast-food près de chez moi, environ 4-5 kilomètres aller-retour, mais j’étais tout de même bien contente de pouvoir faire le trajet à vélo car cela me permettait de me lever plus tard le matin ! » La jeune femme a quelques anecdotes épiques sur l’hiver canadien : « Il y avait parfois tellement de neige que je n’arrivais plus à passer à vélo : je devais marcher devant à reculons et le tirer, façon traîneau à chiens, sauf que c’était moi le traîneau ! » Mais dans l’ensemble, Aby garde d’excellents souvenirs de ses balades à Rimouski, avec un coup de coeur pour la piste qui longe le fleuve Saint-Laurent :  « Plusieurs fois par semaine, je faisais un détour en rentrant du travail pour passer par là : c’était tellement beau ! Je pouvais prendre la piste cyclable sur des kilomètres et des kilomètres, sans jamais m’arrêter. Rimouski correspond pile poil l’endroit où le fleuve rejoint la mer, ce qui fait que l’on trouve à la fois des poissons d’eau douce et d’eau de mer. On longe la rivière tout en profitant des embruns marins !  » 

Avis aux futurs cyclistes qui aimeraient s’aventurer au Canada : la prudence est de mise pour repérer les différentes réglementations en vigueur d’un état à l’autre. Comme l’explique Aby : « Au Québec, personne ne faisait vraiment attention au port du casque. Je suis allée rendre visite à une amie qui habite Gatineau, à la frontière entre le Québec et l’Ontario. Nous sommes allées faire un tour à Ottawa, qui se trouve juste en face de Gatineau, mais dans l’état l’Ontario. Je voyais que mon amie avait emporté son casque avec elle et, dès que nous avons traversé le pont qui mène à Ottawa, elle m’a dit de mettre le mien, parce que dans cet état, c’est obligatoire ! » Aby poursuit : « Je crois qu’au Québec, le port du casque est recommandé mais pas obligatoire. Il faut dire que les automobilistes sont tellement courtois là-bas que les cyclistes n’en ont pas vraiment besoin. Quoique, j’aurais bien voulu l’avoir le jour où j’ai glissé sur une belle plaque de verglas… J’étais d’ailleurs étonnée car trois personnes se sont retournées d’un coup et se sont arrêtées pour me demander si ça allait. »

Et qu’est-il arrivé à la bicyclette québécoise d’Aby ? « J’avais rejoint une association d’auto-réparation de vélo, avec laquelle j’ai appris à démonter puis remonter mon vélo de A à Z, ainsi que les petites astuces pour tout réparer… J’avais même acheté un petit kit de matériel avec les différentes clefs ! Avant de partir, j’ai offert mon vélo à l’association pour qu’ils le nettoient bien et puissent le revendre. »

Cycling in Kiwiland

L’expérience cycliste d’Aby en Nouvelle-Zélande n’a pas grand-chose à voir avec celle au Québec. Premier constat : impossible de trouver un vélo bon marché sur les sites de petites annonces ! Aby s’est donc rendue au rayon sport d’un Warehouse local : « Je suis tombée amoureuse d’un vélo de ville bleu clair, avec un cadre hollandais et un petit panier à l’avant. Pour 200 dollars, je suis repartie avec ! »

Comme l’explique Aby, la pratique du vélo est encore timide au pays des Kiwis : « Les gens sont plus voiture là-bas. Le vélo est utilisé pour les courtes distances ou alors, tu attaches ta monture à l’arrière de ton 4×4 et tu te rends dans un endroit pour y faire du vélo. Entre deux villes, il y a la route et rien d’autre ; ce n’est pas comme en France où l’on peut suivre des voies aménagées le long des routes ou des canaux pour se rendre d’une ville à l’autre. » Elle poursuit : « Il n’y a pas vraiment de pistes cyclables en ville, ce qui fait que je devais rouler sur la route. Je n’ai jamais eu de soucis avec les automobilistes car ils me voyaient clairement arriver donc il n’y avait pas de problème. » Petit bémol cependant : les Néo-Zélandais roulent à gauche ce qui a occasionné quelques frayeurs à Aby lors de ses premières sorties !

Aby a aussi découvert une réglementation beaucoup plus stricte qu’en France et au Québec : « J’ai fini par être arrêtée par un agent de la sécurité routière qui, en entendant mon accent français, a compris que j’étais nouvelle dans le coin. Il m’a expliqué qu’ici, c’était gilet fluo et casque obligatoire ! Ils sont très carrés à ce niveau-là. » Elle ajoute : « Par la suite, j’ai rencontré une autre expatriée qui venait d’Argentine et à qui il était arrivé la même anecdote avec le même agent de police. » Décidément !

Et qu’est devenu le beau vélo hollandais d’Aby ? « Le patron du restaurant dans lequel je travaillais voulait que j’attache mon vélo devant la vitrine : il faisait tellement français ! Quand je suis partie, je suis allée voir mon chef et je lui ai demandé s’il voulait le vélo. Il me l’a racheté 100 dollars, rempli le panier de fausses fleurs, fait fabriquer un petit morceau de bâche qui rentrait dans le cadre et couvrir le porte-bagage pour indiquer la direction du restaurant. »  

Back in Alsace

Rentrée en France depuis l’an dernier, Aby avait tout d’abord emprunté le vélo de sa grand-mère : « Au Québec, je n’accrochais même pas mon vélo ; en Nouvelle-Zélande, je l’attachais mais bien en vue . Je ne me suis donc pas posé de questions : j’ai attaché la monture à des arceaux juste devant chez moi. La première nuit, pas de soucis, mais après la seconde, il n’y était plus ! »

Aby investit alors dans un vélo Rembrandt, chiné dans un vide-grenier, qu’elle prend soin de garer dans sa cour à un endroit peu voyant, avant de passer au vélo électrique : « J’ai trouvé un travail régulier à 10 km de chez moi, en tant que cuisinière dans une la maison de retraite. Je commençais à avoir un peu mal aux cuisses, d’autant plus que mon travail m’oblige à rester debout toute la journée. Après avoir reçu mes premiers à-valoir sur le livre, je me suis renseignée pour l’achat d’un VAE et je suis partie sur le modèle 900 de B’twin Décathlon. Ça fait maintenant deux mois que je l’ai et j’en suis très contente : je fais mes vingt kilomètres par jour sans m’épuiser. C’est vraiment très agréable ! » Aby nous confie l’un de ses petits plaisirs : doubler, l’air de rien, en pédalant tout doucement et en activant l’assistance électrique, les « échappés du tour de France » ! Elle ajoute : « Je redécouvre un peu plus tous les jours Strasbourg à vélo. J’aime bien changer régulièrement de chemin. Avec les travaux qu’il y a actuellement Porte Blanche et route des Romains pour prolonger le tram, c’est un calvaire pas possible pour venir en voiture ou en bus, je suis donc bien contente d’avoir mon vélo. »

Après son séjour en Nouvelle-Zélande, Aby a pris l’habitude de porter le casque, « surtout avec le VAE qui peut aller jusqu’à 25 km/h ! ». Toute fière, elle nous montre son couvre-chef, bleu pâle et strié de lignes plus foncées : « Je l’ai trouvé dans un vide-grenier en Alsace. Je crois qu’à la base, cela devait être un casque pour faire du skate… Je me suis amusée à le recouvrir d’une peinture acrylique, qui n’abîme pas l’intégrité du casque et qui brille dans le noir. Quand je commence à pédaler et que la batterie se met en marche, mon vélo fait : BBbbbvvvvv. La nuit, avec le casque qui brille, c’est top ! Vous vous souvenez du vieux film « Tron » avec James Bridges quand il fait de la moto lumière ? Eh bien, moi c’est pareil, mais sur mon vélo ! » Une alternative imparable au gilet fluo !

Et le vélo à Strasbourg ? Qu’en pense Aby ? « Pour avoir vu d’autres villes, dans d’autres pays, je trouve qu’à Strasbourg, nous avons la chance d’avoir plein de pistes cyclables et d’endroits très jolis pour rouler à vélo. Le problème, c’est que les mentalités ne sont pas encore là ! Je croise régulièrement des cyclistes qui n’en ont rien à faire et qui conduisent encore moins bien que certains automobilistes. Trottoirs, routes, pistes cyclables : rien à faire, ils tracent ! Et surtout, ils donnent le mauvais exemple à la prochaine génération de cyclistes strasbourgeois. Il y a encore du travail à faire ! »

Entre son travail à la maison de retraite et la promotion de sa bande-dessinée, Aby n’a pas le temps de chômer. Elle se fait peu à peu à l’idée de s’installer à Strasbourg, avec son compagnon, mais souhaiterait faire un dernier voyage avant de poser définitivement ses valises. Nous avons eu droit à une petite exclu : après le Québec et la Nouvelle-Zélande, Aby est en train de plancher sur « The Jules Verne Project ». Affaire à suivre !

On croise les doigts pour la suite Aby ! Et encore merci d’avoir répondu à nos questions !

 

Une wonder cycliste

Une wonder cycliste

Pour notre troisième article de la série « le vélo comme on l’aime », l’équipe du CADR 67 est allée mener l’enquête dans le quartier de la Krutenau à la rencontre de la pétillante Mélanie. Instit’ tout sourire, elle a accepté de nous faire partager un bout de son histoire et quelques astuces (pas banales) pour éviter de se faire voler son vélo. Nous en avons maintenant la preuve : les super héros aussi font du vélo ! Entretien avec une wonder cycliste.

Souvenirs de vélo en famille

Mélanie ne se rappelle pas comment elle a appris à faire du vélo : « Je pense que ça devait être avec mes parents… Il faudrait que je leur demande. Honnêtement, je n’en ai aucune idée ! » Elle enchaîne : « Mais je pense qu’on a fait du vélo assez rapidement car je me souviens de balades à vélo, alors que j’étais assez petite, avec mes parents et mon petit frère. Je me rappelle d’ailleurs très bien comment il a appris à faire du vélo. Nous habitions à la cité nucléaire de Cronenbourg dans une grande barre d’immeuble. A l’arrière, il y avait un terrain de football bordé par une petite route qui n’était accessible qu’aux piétons. C’est là que mon petit frère a appris ! Je me souviens que je pédalais à côté de lui pour l’encourager. »

Dans la famille, c’est la mère de Mélanie qui faisait beaucoup de vélo : « Ma mère avait pris une disponibilité quand nous étions petits et elle a repris le travail lorsque j’avais huit ou neuf ans. Elle avait le permis de conduire, mais nous n’avions qu’une seule voiture et mon père l’utilisait pour se rendre au travail. Du coup, ma mère se rendait au travail à vélo ! Mon petit frère et moi l’accompagnions souvent pour aller faire les courses ou ce genre de choses.  A l’époque, il n’y avait pas de vélo cargo et les fauteuils enfants à l’arrière des vélos étaient sacrément dangereux. Donc dès que tu savais pédaler, tu pédalais avec ! »

Par la suite, la famille quitte Cronenbourg pour aller s’installer à la campagne. Mélanie faisait alors du vélo pour rejoindre son collège qui se trouvait dans le village d’à côté. Une fois au lycée puis à la fac, elle ne fait plus beaucoup de vélo et se déplace principalement en voiture : « Comme j’ai eu mon permis assez rapidement et que nous allions tous les quatre à Strasbourg, on faisait du covoiturage avec mes parents. Soit ils m’emmenaient en voiture, soit je conduisais mon petit frère. »

Une instit’ à vélo

A l’issue de ses études, Mélanie est devenue institutrice et elle s’est installée à Strasbourg. Comme elle n’avait pas de voiture, l’option vélo s’est imposée d’elle-même : « Quand j’ai su que j’allais travailler à Strasbourg, on a tout de suite fait une bourse aux vélos. C’est là que mes parents m’ont offert ma première monture. Il y a toujours eu des vélos à la maison, mais c’étaient des VTT pour se déplacer à la campagne, dans les champs. Il m’en fallait donc un qui soit léger et pas trop visible pour ne pas tenter les voleurs. Je me souviens que c’était un vélo à rétropédalage. Je me suis d’ailleurs payé un beau gadin avec ! J’avais oublié que, lorsque je pédalais en arrière, ça freinait… »

Quand elle a commencé à enseigner, Mélanie a été remplaçante pendant toute sa deuxième année. Comme elle l’explique, le vélo était alors le moyen de déplacement le plus pratique : « J’habitais au centre-ville de Strasbourg, dans le quartier de la Krutenau, et je faisais des remplacements dans les écoles alentours. J’étais rattachée à l’école de Reuss et on m’appelait le matin pour me dire que je devais aller remplacer un professeur absent dans tel ou tel endroit. L’école la plus éloignée où je pouvais être appelée était située au Stockfeld, au fin fond du Neuhof. Je faisais tous mes déplacements à vélo et cela me permettait de rejoindre les écoles très rapidement. »

Par la suite, lorsque Mélanie a occupé des postes fixes, elle a continué à se déplacer à vélo : « J’ai toujours demandé à enseigner dans des écoles qui étaient facilement accessibles de chez moi en vélo. Je ne voulais pas dépasser un temps de trajet supérieur à 45 min. Là, ça commence à faire trop long ! Surtout que lorsque l’on est institutrice, on doit souvent transporter du matériel. Vous me verriez parfois, c’est épique ! J’ai un énorme sac sur le porte-bagage à l’arrière, deux sacs en plus sur le guidon… »

L’évocation du porte-bagage rappelle une anecdote à Mélanie : « J’ai un magnifique tendeur vert qui me permet de fixer mon sac sur le porte-bagage. Mon vélo est donc facilement repérable et les copains le connaissent. Un jour, j’avais attaché mon vélo en centre-ville et, lorsque je suis venue le chercher, je me suis rendue compte que quelqu’un avait attaché son vélo au mien ! J’ai commencé à me lamenter : “Oh non, mon vélo ! Comment vais-je faire pour le récupérer ?” En fait, c’était un copain qui avait fait le coup et qui était plié de rire à quelques mètres de là… Suite à cette histoire, je fais maintenant très attention de ne pas accrocher mon vélo au cadre ou à la roue d’un autre vélo par mégarde ! »

Finalement, Mélanie a été conquise par le vélo et elle évite désormais de prendre la voiture : « J’ai eu une voiture très tard et je dois avouer que je ne prends pas plaisir à conduire. Strasbourg est une ville tellement pratique pour le vélo qu’il est hors de question pour moi d’utiliser la voiture à Strasbourg ! C’est une perte de temps et d’énergie. »

Cadenasser son vélo avec classe et zèle

Le rêve de Mélanie ? Se payer un beau vélo ! Mais avec toutes les histoires de vol de vélos à Strasbourg, les choses ne sont pas si simples… Mélanie nous explique : « Je n’ose pas investir dans un beau vélo car j’ai trop peur de me le faire voler. Pour mon anniversaire, je m’étais réservé un superbe vélo chez Rustine et Burette, mais une collègue s’est fait voler son vélo juste à ce moment-là, alors qu’elle avait un gros cadenas et que son vélo était garé dans un espace sous vidéo-surveillance. Ça m’a bien refroidie ! »

Jusqu’à présent, Mélanie a toujours eu de la chance : « Je ne me suis jamais fait voler mon vélo, mais il faut dire que j’ai deux cadenas et que je suis vigilante. Si je suis dans un quartier que je connais bien, je ne mets que mon gros cadenas. Mais dès que je suis dans un endroit où il y a beaucoup de vélos – typiquement les alentours de la gare ou de la Place Kléber, là où les vélos peuvent disparaître rapidement et où les gens ne font pas attention – je mets mon deuxième cadenas en U sur la roue arrière. » Et si le vélo de Mélanie ne paie pas de mine, il n’en est rien : « Dans les faits, c’est un super vélo ! Je dirais même que c’est un vélo de cœur puisque c’est celui que j’ai récupéré de mon papy. Ça me ferait bien mal qu’on me le vole ! En plus, il a une sonnette qui fait exactement le même ding-dong que celui du bus. »

Mélanie poursuit : « Dans notre ancienne maison à la Krutenau, nous avions un porche avec une vieille porte en bois. Il suffisait de donner un grand coup d’épaule pour ouvrir la porte et entrer dans la cour. Comme les vélos étaient simplement posés contre les murs, les voleurs pouvaient facilement les emporter. Les voisins se sont d’ailleurs fait voler leurs vélos comme cela. » Mais, comme l’explique Mélanie, son compagnon et elle ont mis au point une technique infaillible pour dissuader les voleurs : « Mon vieux vélo – que j’avais récupéré de ma mère – s’est avéré bien utile. C’était un vélo Peugeot orange trop classe, mais qui avait fait son temps : les pneus à plat, tous crevés, le dérailleur fichu ! Eh bien il nous a servi d’arceau pour accrocher nos deux vélos ! Trois vélos attachés ensemble, c’est impossible à transporter. Technique imparable contre le vol ! »

Avec un sourire, Mélanie nous glisse une petite anecdote : « Une fois, mon compagnon et moi faisions du vélo entre Schiltigheim et la place de Haguenau et nous avons assisté à un accident sur l’autoroute. Une voiture qui a fait de l’aquaplaning juste sous nos yeux ! Ni une, ni deux, je saute de mon vélo, je le jette sur le côté, je monte la côte pour arriver sur l’autoroute et voir si le conducteur en question va bien. Je me retourne juste pour voir si mon compagnon me suit et là… il était en train de cadenasser nos vélos ! Parce qu’on ne sait jamais… Et moi, j’étais en train de crier : “Mais bon sang ! Appelle les secours !!!” »

La nécessité d’une vraie politique en faveur du vélo

Mélanie est une grande amoureuse de Strasbourg et de son centre-ville piéton. Comme elle l’explique : « A chaque fois que je me rends dans une ville en France ou en Europe et que je vois une ville magnifique où les voitures passent juste devant une cathédrale ou un monument, je me dis que c’est aberrant. Il est vrai que nous avons beaucoup de chance à Strasbourg par rapport à cela ! » Néanmoins, Mélanie regrette que cette politique reste centrée dans l’hypercentre, à l’intérieur de la ceinture de l’Ill : « Finalement, tout ce qui est autour de cette ceinture en pâtit ! C’est typiquement l’exemple des quais. J’ai vécu dix-huit ans à proximité du quai des Bateliers. On est enfin en travaux pour que cela devienne un quai à sens unique.  J’ai participé aux réunions de projet, j’ai donné mon avis mais je trouve qu’ils ne sont pas allés loin. J’aurais souhaité une vraie piétonisation des quais, qu’ils deviennent des lieux de rencontre. J’aurais souhaité qu’ils mettent en place un système de bateaux-bus : les voies navigables de l’Ill font partie intégrante de la magie de notre ville et nous devrions les utiliser beaucoup plus. »

Sujette aux allergies, Mélanie explique être très sensible à la pollution : « Je consulte régulièrement les sites qui indiquent les indices de qualité de l’air et je vois bien les jours où l’on est dans le rouge… Il faudrait que l’on développe une vraie politique pour désengorger la ville et limiter la pollution atmosphérique. Pour moi, le prix des transports en commun n’est pas assez attractif. On est quand même à 1€70 le ticket, 2€ dans le bus : c’est cher pour une ville comme Strasbourg. Je sais qu’il existe des tarifs réduits pour les jeunes ou les personnes en situation précaire, mais beaucoup de gens qui sont pourtant en difficultés ne rentrent pas dans les critères. Il est vrai que les parking-relais à l’extérieur de Strasbourg sont une bonne initiative, mais il faudrait qu’ils soient plus attractifs. Avec le prix actuel des transports en commun, ils ne le sont pas assez. »     

Cela fait vingt ans que Mélanie pratique le vélo à Strasbourg. Elle a pu constater les progrès réalisés sur l’Eurométropole, avec notamment la multiplication des pistes cyclables. Selon elle, Strasbourg est d’ailleurs devenue assez rapidement une ville agréable pour les vélos. Mais force est de constater que la capitale française de la petite reine est victime de son succès. Pour reprendre les mots de Mélanie : « A l’heure actuelle, je trouve que nous sommes en manque de pistes cyclables et d’infrastructures adaptées. Nous sommes de plus en plus nombreux – et tant mieux ! – mais la circulation devient compliquée. Personnellement, j’aime aller au travail tôt, ce qui fait que je pars de chez moi vers 7h15 du matin : à ce moment-là, c’est plutôt tranquille. Mais si je pars à 7h45, c’est l’enfer ! A ce moment-là, la circulation en centre-ville part dans tous les sens, les gens ne font pas attention… Je sais que j’évite certaines artères à vélo qui sont envahies par les vélos, à tel point qu’elles en deviennent dangereuses ! Je pense vraiment que l’on sature à certains endroits, c’est également le cas au niveau du stationnement. Quand tu es obligé de tourner pour trouver une place où garer ton vélo en centre-ville, ce n’est pas agréable ! »

Mélanie insiste sur l’incivilité de certains cyclistes : « Beaucoup ne respectent ni les piétons, ni les voitures ! Il y a une chose qui m’agace au plus haut point, ce sont les vélos qui circulent à contre-sens sur les pistes à sens unique. Je trouve ça très dangereux : il suffit qu’il y ait un piéton, une poussette, une voiture qui ne regarde que d’un seul côté… Un autre problème, c’est que les cyclistes ont tendance à griller les feux : les gens pensent qu’il sont à vélo pour aller vite. Ce sont des comportements dangereux et il est essentiel d’éduquer par rapport à cela ! »

Pour Mélanie, la ville de Strasbourg va devoir réfléchir à une vraie politique en faveur du vélo : « Je pense qu’il faudrait commencer par revoir l’organisation des pistes cyclables. C’est vrai que la ville a déjà fait des essais. A la Krutenau par exemple, ils avaient mis en place des zones de partage où les vélos et les piétons sont prioritaires par rapport aux voitures. Le problème, c’est qu’il n’y a qu’un endroit comme cela dans Strasbourg et que personne ne connaît, donc ça ne marche pas… Après, il faudrait développer les transports en commun pour qu’il y ait moins de voitures et donc plus de place pour les vélos. »

Point de vue sanction, Mélanie trouve que les choses bougent : « Je me fais régulièrement contrôler pour vérifier les lumières sur mon vélo et je trouve que c’est une excellente chose. Je sais que l’on peut aussi se faire verbaliser si l’on porte des oreillettes lorsque l’on circule à vélo. A une époque, j’aimais bien écouter de la musique à vélo mais je ne le fais plus: c’est bien trop dangereux. » Pour elle, il est essentiel d’intervenir au niveau des écoles : « Les permis-vélos sont une excellente chose ! C’est d’ailleurs une volonté du gouvernement que tous les écolier aient le permis vélo. Il nous faut une véritable éducation au code de la route et à la pratique du vélo : cela démarre dans les écoles. En éduquant les enfants, on va éduquer les parents ! »

Même si Mélanie avoue râler tous les matins quand elle monte sur son vélo, surtout lorsqu’il pleut, elle trouve qu’il est très agréable de faire du vélo à Strasbourg : « A vélo, je m’émerveille de la nature. Même si l’on est en ville, la nature est tout autour de nous et cela, on ne peut s’en rendre compte qu’en étant à vélo. Il y a une forme de liberté : les oiseaux qui chantent autour de toi, le ciel bleu, la pluie aussi parfois… » Et en vraie wonder cyliste, Mélanie est bien sûr équipée contre le mauvais temps : « Donc oui, j’ai une cape de vélo… Mais, comment dire… J’ai voulu faire la belle et investir dans une cape faite par un grand couturier. La Redoute, Christian Lacroix, une cape de vélo : la classe quoi ! Mais en fait, je pense que Christian Lacroix n’a jamais fait de vélo. Elle est belle cette cape, mais elle n’est pas du tout pratique : la capuche me tombe sur les yeux, je suis obligée de tirer à fond sur les cordons… Vous connaissez le sketch du K-Way de Dany Boon ? Eh bien, c’est la même chose ! »

– – – C’est un oiseau ? C’est un avion ? Mais non, c’est une wonder cycliste !

Merci encore à Mélanie d’avoir répondu à nos questions !

A bicyclette avec Annie et Denis

A bicyclette avec Annie et Denis

Pour notre deuxième article de la série « le vélo comme on l’aime », l’équipe du CADR 67 est partie pédaler dans le quartier de Cronenbourg, au nord-ouest de Strasbourg. Nous y avons fait la connaissance d’un couple de Strasbourgeois : Annie et Denis. Elle est infirmière au Centre Hospitalier Universitaire de Hautepierre, à deux pas de Cronenbourg. Il travaille pour l’Eurométropole de Strasbourg, à la direction de la construction et du patrimoine bâti. Elle aime le soleil et les balades. Il aime la montagne et le chant.

Lorsque nous leur avons demandé s’ils associaient vélo et chanson, ils ont fredonné à l’unisson La Bicyclette de Montand. Et Annie d’ajouter : « Cette chanson, c’est l’archétype même de la bonne journée ! C’est une bande de copains, heureux ensembles, tout simplement. C’est frais, c’est la nature. En un mot : la liberté du vélo ! » Bref, cette belle rencontre nous a donné des envies de balades et de ballades : à bicyclette avec Annie et Denis !

Premiers souvenirs de vélo : sacré bobo et grosse colère

Annie a passé son enfance dans le quartier de Cronenbourg. C’est son papa qui lui a appris à faire du vélo : « Je le vois encore tenir le porte-bagage pour que je ne chute pas. Je devais avoir six ou sept ans. » Enfant, elle fait surtout du vélo pour aller voir les copains dans le quartier. Pour le reste, elle se déplace principalement à pied – l’école étant tout près de la maison. Une fois au lycée, Annie utilise le vélo quotidiennement pour se rendre en cours – tous les matins, midis et soirs.

Denis, lui, a grandi dans le Haut-Rhin. Ses premiers souvenirs de vélo sont un peu flous : « J’ai appris alors que je devais avoir une dizaine d’années. Je pense que c’était avec mes parents, mais je ne m’en souviens pas très bien… » Comme Annie, il faisait assez peu de vélo étant enfant : « A l’époque, on habitait Ribeauvillé. On faisait pas mal de vélo dans la cour pour s’amuser, mais on l’utilisait peu se déplacer. Comme la maison était tout près du collège et du lycée, on pouvait quasiment tout faire à pied. »

Les souvenirs d’enfance sont l’occasion d’évoquer quelques anecdotes de jeunes cyclistes. Annie commence : « Enfant, j’ai habité pendant deux ans et demi à Niederbronn-les-Bains. Mon frangin faisait du vélo et j’étais assise derrière sur le porte-bagage. A un moment donné, une voiture nous a frôlé de très près, j’ai voulu l’éviter en rentrant mon pied et je me suis pris le talon dans la roue ! Un sacré bobo ! »

Denis enchaîne avec un sourire : « Moi, j’ai une anecdote « grosse colère » ! Quand nous avons quitté le Haut-Rhin pour revenir à Strasbourg, j’ai intégré le lycée Couffignal à la Meinau et je m’y rendais régulièrement en vélo. Et un beau jour, je me suis fait voler mon vélo ! Je suis rentré à la maison furax. Un ami de mes parent était là. C’était plutôt quelqu’un d’aisé – en tout cas, quelqu’un qui avait les moyens. J’ai raconté mon histoire et ce gars, tout ce qu’il a trouvé à me dire, c’était : « Oh mon pauvre Denis, si j’avais eu un vieux vélo, je te l’aurais donné… » Ça m’a mis dans une de ces colères ! J’ai trouvé ça tellement mesquin… »

Le vélo à travers les générations

Qu’en était-il des parents de Denis et Annie ? La réponse est sans détour : « Nos parents ne faisaient pas de vélo. » Comme l’explique Annie : « Mes parents ont fait du vélo quand ils étaient jeunes, parce que dans les années quarante, avant-guerre, il y avait très peu de voitures. A l’époque, on prenait le tram ou on se déplaçait à vélo. Mais après, plus jamais. Je crois bien que je n’ai jamais vu mes parents sur un vélo. »

Et les enfants, alors ? Annie et Denis racontent que leurs deux garçons ont commencé très tôt à faire du vélo. Pas toujours évident de se rappeler qui a appris quand et comment, mais les souvenirs reviennent peu à peu au fil de la discussion : « L’aîné Julien a appris à faire du vélo, en colonie de vacances, avec son enseignant de CP. En rentrant, il n’avait plus de petites roues ! Le cadet, Martin, a appris à faire du vélo dans la cour de l’école de Gustave Doré. Sa baby-sitter était l’une des institutrices de l’école. Il lui arrivait donc d’avoir la cour pour lui tout seul pendant les vacances et le mercredi. »

Comme l’expliquent Annie et Denis, apprendre le vélo était devenu un impératif pour le petit Martin : « Le moment décisif a été quand on lui a annoncé qu’on voulait partir en vacances à l’île Dieu, en Bretagne, où il n’est possible de se déplacer qu’à vélo. On lui a dit : « Cet été, les vacances c’est sans voiture ! Il faut donc que tu saches faire du vélo ! » C’était un peu du chantage, mais ça l’a décidé à s’y mettre ! » Annie ajoute : « Le pauvre… Je pense qu’il s’est pris les plus belles gamelles de sa vie pendant ces vacances-là… » Ah les parents !

Elle poursuit : « Les garçons ont appris à faire du vélo très tôt, mais ils n’allaient pas à l’école à vélo. Ils faisaient des tours dans le quartier, pour aller jouer, voir des copains : pour le plaisir ! Au quotidien, nous faisions la plupart de nos déplacements à pied. Julien est allé au collège Kléber et il s’est rapidement mis au vélo. Il étudie maintenant à la fac de Strasbourg et utilise le vélo de manière quasi quotidienne pour ses déplacements. Martin, lui, était plutôt transport en commun. Il allait au lycée Couffignal et cela faisait un trajet conséquent depuis Cronenbourg. Ce n’est que depuis l’année dernière qu’il s’est mis à faire beaucoup de vélo : il fait actuellement un BTS à Montbéliard et se rend tous les matins au lycée à vélo. »

Un couple, deux pratiques du vélo !

Annie préfère la jouer cash : « Je suis une cycliste beaucoup moins regulière que Denis ! » Il lui arrive souvent de prendre le vélo pour se rendre à son travail, au Centre Hospitalier Université de Hautepierre. A vélo, le trajet lui prend sept minutes chrono. Elle explique : « L’hôpital dispose d’un espace sécurisé pour garer les vélos, mais il est situé trop loin de mon vestiaire. Je préfère garer mon vélo à des arceaux plus proches. Il est exposé à la pluie, mais ça ne fait rien… » En effet, Annie a une astuce d’infirmière pour protéger sa selle de la pluie : enfiler un sur-chaussure dessus. Pas bête !

Pour Annie, pas question d’utiliser les transports en commun pour se rendre au travail : « Comme il n’y a pas de liaison directe, cela me ferait faire des détours insensés ! Par contre, quand je vais en ville, j’emprunte volontiers le bus ou le tramway. » Pour le travail, Annie avoue souvent préférer l’option voiture : « S’il fait trop moche, trop froid ou si je dois transporter des choses lourdes, je ne prends pas le vélo. »

Denis, lui, est un cycliste plus assidu. Il prend le vélo par presque tous les temps, sauf quand il fait vraiment trop mauvais. Dans ce cas, il emprunte les transports en commun. Comme l’explique Denis, la pratique du vélo est venue avec les années : « Au début, je me rendais au travail en voiture parce que je devais déposer les enfants à l’école. Le faire à vélo, c’était trop compliqué. Une fois les enfants grands, je suis passé au bus et au tram. Et depuis quelques années maintenant, je fais le trajet à vélo. »

Comment expliquer ce changement ? Denis est d’abord convaincu qu’il faut réduire l’utilisation de la voiture en ville, pour limiter les impacts environnementaux.  Mais ce sont aussi les aspects pratico-pratiques du vélo qui l’ont incité à se mettre en selle : « Il était devenu impossible de se garer au travail et je passais autant de temps à m’énerver dans les bouchons qu’à prendre les transports en commun. Au bout d’un moment, j’en ai eu ras-le-bol du bus et du tram : de la promiscuité, des gens qui ne sont pas toujours agréables, du temps passé à attendre si je loupe un bus… Finalement, je mets presque le même temps à vélo qu’en transport en commun ! » Et Denis s’est peu à peu pris au jeu : « Le vélo me permet de faire de l’exercice, de bien me réveiller le matin et de déconnecter le soir en rentrant. J’aime traverser la ville à vélo le matin, passer par Grand Rue quand la ville s’éveille… »

Denis poursuit : « Je n’ai aucun problème pour garer mon vélo au boulot. On a un superbe parking à vélos sur le parvis de l’Eurométropole. C’est parfois un peu juste pendant la belle saison, mais on arrive toujours à trouver une place. Il y a aussi un autre parking à l’intérieur du bâtiment, qui est accessible de plein-pied. » Et si Denis n’est pas venu à vélo le matin, il peut toujours emprunter un vélo en libre-service : « Nous avons la chance de pouvoir profiter des vél’hop gratuitement. Ils sont garés sur le parking du personnel et mis à disposition. Je peux utiliser le vél’hop pour mes déplacements de travail pendant la journée. Si je dois aller dans des quartiers éloignés, au Neuhof par exemple, je préfère la voiture : c’est quand même plus pratique. »

Strasbourg : capitale de la petite reine ?

Lorsque nous demandons à Annie et Denis ce qu’ils retiennent de positif des transports dans l’Eurométropole, leur réponse est sans détour : « Le tram ! ». Annie regrette néanmoins le prix élevé de l’abonnement et du billet : « Ils ont revu les tarifs à la hausse il n’y a pas longtemps. Pour les gens, les jeunes notamment, c’est un sacré coût ! » En revanche, Annie apprécie la piétonisation du centre-ville : « Pour avoir connu enfant la place Kléber livrée aux voitures, je mesure le chemin qui a été parcouru ! Pouvoir partir de la Fnac et arriver à l’autre bout de la place sans croiser une seule voiture, c’est vraiment top ! Strasbourg est une ville agréable pour cela : on peut tout faire à pied. » Denis est bien d’accord : « Au cœur de la ville, les piétons sont rois ! Il n’y a quasiment plus de voitures, les parkings sont souterrains, le stationnement en surface est limité : c’est une bonne chose. »

Et côté vélo ? Comme nous allons le voir, Annie et Denis ont des avis bien contrastés sur la question !

« Strasbourg, 4ème ville cyclable du monde », qu’en pensez-vous ? Denis se montre impressionné, quoiqu’un tantinet sceptique : « Wow ! Je savais qu’on était très bien positionnés, mais à ce point-là… On arrive à battre des villes hollandaises ? » Annie, elle, n’y croit pas une seconde : « Moi, je dirais : Strasbourg, peut mieux faire ! »

Première critique : le manque d’infrastructures cyclables sur les grands axes. Annie s’explique : « Honnêtement à Cronenbourg, je n’ai pas l’impression d’être dans la capitale du vélo ! Ce n’est vraiment pas agréable de faire du vélo sur les grandes axes, comme la route de Mittelhausbergen ou celle d’Oberhausbergen. » Denis confirme : « C’est vrai que ce n’est pas pratique. Il faut prendre les petites rues, emprunter la rue du Rieth et celle de Hochfelden. Ça fait faire un petit détour. Au niveau du groupe scolaire Gustave Doré, c’est vrai que c’est une catastrophe le matin et le soir, lorsque les parents viennent déposer leurs enfants en voiture… » Mais comment faire pour « créer »  de l’espace pour les vélos ? Comme le souligne Denis, les choses ne sont pas si simples : « Le problème, c’est que les chaussées sont trop étroites. Tant que ces axes seront ouverts à la circulation automobile, il n’y aura pas moyen de créer des pistes cyclables – à moins de casser les immeubles pour élargir la chaussée et permettre à la fois la circulation des automobiles, des bus et des vélos… » Annie évoque aussi les problèmes des chaussées endommagées et des travaux qui proposent rarement des itinéraire alternatifs pour les vélos : « Avoir un bitume un petit peu plus lisse, ce serait plus sympa ! »

Pour Annie, circuler en vélo dans le centre-ville est loin d’être une sinécure : « Il y a du monde, des touristes, des piétons… Et les gens ne font pas toujours attention aux vélos. Grand Rue à vélo, je trouve que c’est compliqué ! Honnêtement, on ne peut pas tracer à vélo en ville. » Denis rétorque avec malice : « Bah moi, je trace pourtant ! » Il ajoute : « Mais, c’est vrai qu’il faut être prudent. On ne peut pas tracer dans le secteur piétonnier. Dans la plupart des cas, il n’y a pas de pistes cyclables parce qu’il n’y a pas de place. Et c’est normal. Après, il y a clairement des problèmes de cohabitation entre les piétons et les cyclistes. L’un comme l’autre peuvent être aussi indisciplinés que certaines automobilistes ! » Denis poursuit : « Il y aurait aussi des choses à redire au niveau du stationnement pour les vélos. On voit des vélos attachés partout, n’importe où… On manque de places de stationnement réservées aux vélos, bien sécurisées. Je pense que ça va s’améliorer avec le temps. »

Annie et Denis s’accordent sur un point : à vélo, on ne sent pas toujours en sécurité ! « En l’absence de piste cyclable, clairement non. Sur les lignes de bus, encore moins ! Et même sur certains axes, quand on est en présence d’une piste cyclable, il faut rester vigilant aux intersections. Il faut toujours être prudent à vélo. On n’est jamais à l’abri d’une voiture qui débouche et qui ne s’arrête pas. » – pour reprendre les mots de Denis. La hantise d’Annie, c’est la portière qui s’ouvre : « J’ai toujours peur de me prendre une portière, lorsque je roule à côté d’une rangé de voitures garées… » Et Denis de conclure : « On sait qu’on reste des utilisateurs fragiles de la voirie et qu’il faut être vigilant. »

Si Annie se montre plutôt critique, Denis préfère voir le côté positif des choses : « Je trouve que de beaux efforts ont été faits pour le vélo. Nous disposons de belles pistes cyclables, dans les limites permises par le tissu urbain dense de Strasbourg. Il y a aussi des balades sympathiques : la piste des Forts par exemple ou encore le long du canal de la Bruche. » Annie ajoute : « Actuellement, il est clair que la ville met beaucoup plus l’accent sur les transports en commun que sur le vélo. Néanmoins, de belles choses ont été faites : le vél’hop par exemple ! » Et Denis donne le mot de la fin : « Le challenge Au Boulot à Vélo est aussi une belle réussite. Il a beaucoup été relayé à l’Eurométropole. On a même un challenge dédié au sein de la collectivité entre directions et services… »

– – – Un grand merci à Annie et Denis pour avoir partagé leur expérience et leur bonne humeur !